Delphine Fourcade (CFDT) : « La négociation sur l’égalité professionnelle nous invite à mieux prendre en compte l’articulation entre la vie professionnelle et la vie privée »
Les entreprises de plus de 50 salariés devront, avant le 1er janvier 2012, avoir conclu un accord ou un plan d’action sur l’égalité professionnelle. Déléguée régionale Ile-de-France à l’égalité femmes-hommes pour la CFDT, Delphine Fourcade revient sur les enjeux de la négociation et les outils mis à disposition des négociateurs.
En quoi la négociation sur l’égalité professionnelle est-elle une opportunité pour faire progresser la situation des femmes dans le monde du travail ?
Cette négociation va obliger l’ensemble des partenaires sociaux à s’intéresser à une question qui, dans 99 % des cas, n’était pas prioritaire. Jusqu’à présent, partenaires sociaux comme employeurs sont restés relativement atones sur le sujet. Il existe en effet d’énormes résistances pour avancer sur une discrimination pourtant majeure qui touche plus de la moitié de la population. Cette discrimination se fonde sur des préjugés sans aucun lien avec une quelconque réalité. Nous sommes tous imprégnés de ces idées reçues qui constituent un important frein à la négociation.
L’obligation de négociation sur l’égalité professionnelle, un enjeu et une opportunité pour les entreprises ? Quels sont les attentes et les besoins des négociateurs ?
Avant de négocier efficacement, il faut accepter de mener un travail de mise àdistance de ses préjugés. Cela implique de revoir nos modes de fonctionnement. Par exemple, la France accorde beaucoup d’importance au présentéisme en entreprise, et plus particulièrement le soir. De nombreuses décisions stratégiques sont prises lors de réunions tardives. Cela concerne plus particulièrement les hommes, qui seront mal vus s’ils assument simplement la répartition des tâches avec leur épouse. Cette négociation représente donc une bonne occasion de réhumaniser l’entreprise pour tous et d’allier travail et bien être. Des études ont d’ailleurs montré que les entreprises où les salariés ne sont pas victimes de discrimination sont plus performantes.
Une bonne négociation ne doit pas se contenter de parler des femmes.Les hommes aussi sont enfermés dans des stéréotypes. La négociation doit donc évoquer tous les salariés, et s’intéresser à l’articulation entre vie professionnelle et vie privée. Cette négociation sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes nous invite à déborder du strict cadre de l’entreprise pour réfléchir à ce qui se passe à la maison. En effet, on retrouve dans les entreprises un certain nombre de déséquilibres qui trouvent leur source dans la vie personnelle. Il s’agit donc d’une négociation spécifique qui ne doit pas s’arrêter à la question des salaires.
Quelles sont les actions que vous menez en direction de vos adhérents pour les accompagner sur cette thématique ?
La CFDT a lancé le projet FERE (« Faire de l’Egalité une Réalité dans l’Entreprise ») au travers duquel nous avons constaté une forte demande de la part de nos militants, qui ont besoin d’outils et de formations. Nous devons leur fournir des outils pour travailler sur les stéréotypes. Les constats doivent être partagés par l’employeur et les salariés pour que la négociation soit réussie. Nous avons donc un important travail de sensibilisation à fournir. C’est pourquoi nous tâchons, grâce à une bande dessinée, de travailler sur les stéréotypes en évoquant des sujets comme les temps de vie et le plafond de verre, au travers de phrases réellement entendues en formation. En confrontant nos militants à leurs propres préjugés, cet outil contribue à libérer la parole : l’idée n’est pas de stigmatiser mais de favoriser la prise de conscience pour mieux agir.
Notre institut de formation propose également des stages de formation, ainsi qu’un suivi individualisé post-formation des militants qui le souhaitent, qui peut permettre de débloquer certains points durs de la négociation en tenant compte des spécificités des entreprises. Nous accompagnons également nos militants à l’analyse des rapports de situation comparée et de la loi pour les aider à construire leurs axes revendicatifs, dans le cadre de 2 journées basées sur un CD-Rom pédagogique remis à la fin du projet.
De prime abord, l’égalité professionnelle peut passer pour un sujet simple qui ne requiert pas beaucoup de connaissances. C’est faux : il s’agit d’un dossier complexeau sujet duquel les lois s’empilent. Même pour un chef d’entreprise, savoir quoi faire figurer au rapport de situation comparée ou comment bâtir son plan d’action n’a rien d’évident. Dans ce domaine comme dans d’autres, Il ne faut pas avoir peur d’innover pour avancer.














