Alain Deluche, (CFTC) : « Les entreprises peuvent se faire accompagner dans leurs démarches »

Territoire concerné : Toute la région Ile-de-France

 

Secrétaire départemental à l’Union Départementale 93 de la CFTC, Alain Deluche revient sur les enjeux de la négociation sur l’égalité professionnelle et souligne le rôle des partenaires sociaux dans l’accompagnement des accords qui en découlent. 

En quoi la négociation sur l’égalité professionnelle est-elle une opportunité pour faire progresser la situation des femmes dans le monde du travail ? 

Si la Loi est respectée, la pénalité envisagée – 1 % maximum de la masse salariale -, a de quoi faire réfléchir les employeurs. Toutefois, il est à craindre que les obligations instituées par la Loi ne soient pas appliquées jusqu’au bout et n’aient que valeur d’affichage. Il conviendrait donc de donner aux délégués syndicaux la possibilité de vérifier l’avancement : signer un accord et assurer son suivi sont deux choses différentes. Des avancées concrètes pourront être obtenues si les employeurs jouent le jeu. 

L’obligation de négociation sur l’égalité professionnelle, un enjeu et une opportunité pour les entreprises ? Quels sont les attentes et les besoins des négociateurs ? 

De façon générale, les entreprises qui emploient une forte proportion de femmes me semblent plus sensibilisées aux problématiques d’écart de salaire ou d’accès à la formation. A l’opposé, il existe des métiers communément admis comme étant des emplois d’hommes mais les choses ont évolué et ces métiers commencent, par l’adaptation des postes de travail et la formation, à s’ouvrir davantage aux femmes. Dans le secteur de l’automobile par exemple, les entreprises ont même constaté que certains postes réputés masculins pouvaient être mieux tenus par les femmes du fait d’une plus grande dextérité. Il faut donc se battre contre les stéréotypes. De plus, la forte évolution du matériel ces dernières années favorise grandement l’accès des femmes à certains métiers. C’est notamment le cas des chauffeurs de bus.

Toutefois, comme dans le cas pour de nombreux accords, le handicap notamment, un certain nombre d’entreprises agissent hors délai. Bien que la crise actuelle puisse rendre la négociation sur l’égalité professionnelle moins prioritaire, surtout dans les entreprises de plus petite taille, on sent qu’il existe unevolonté d’agir. A mon sens, il aurait été préférable de laisser davantage de temps entre la promulgation de la Loi et son entrée en application pour laisser le temps aux entreprises, dont certaines n’ont pas nécessairement les moyens de négocier, de pouvoir s’adapter à ces obligations nouvelles. Cela peut expliquer la flexibilité des sanctions encourues. Il convient donc à mon sens, dans un premier temps, de faire savoir aux entreprises qu’elles peuvent se faire accompagner dans leurs démarches par des organismes tels que l’ARACT. Cette obligation de négocier n’était en quelque sorte qu’un premier pas dont il faudra suivre les avancées. Dès lors que la volonté de faire est là, il faut savoir laisser le temps d’agir aux entreprises. De ce point de vue, le délai supplémentaire de 6 mois prévu par les textes me semble encore un peu court. Il me semblerait d’ailleurs préférable que tout plan d’action aboutisse à terme à un accord. 

Quelles sont les actions que vous menez en direction de vos adhérents pour les accompagner sur cette thématique ?

La CFTC s’est saisie de la problématique de l’égalité professionnelle dès la création de la journée de la femme, à l’occasion de laquelle nous organisons tous les ans un forum dédié auquel nous invitons des personnalités politiques de tous bords. Le cas échéant, nous assistons aussi nos militants à obtenir et analyser le rapport de situation comparée. Il est en effet difficile d’apprécier l’évolution de la situation sans comprendre ce document. Nous assurons également la formation de nos élus de terrain afin de les sensibiliser aux points à analyser et aux demandes qu’ils peuvent formuler. Toutefois, le travail spécifique à chaque branche ne peut être mené que directement sur les sites de travail. Il faudra donc analyser le contenu de chaque accord pour juger de sa pertinence et de son ambition. Nous allons désormais assurer un suivi au sein de toutes les entreprises où la CFTC est représentée.