passage du temps partiel au temps complet
Carrefour Market SAS
L’action vise à favoriser le passage du temps partiel au temps complet. Elle cible donc essentiellement des femmes, d’une part parce que les femmes sont plus nombreuses que les hommes dans le secteur, et d’autre part, parce que les populations féminines occupent massivement les emplois à temps partiels.
Le groupe Carrefour a recours au temps partiel afin de répondre à des besoins organisationnels mais, en 2008, le taux de salariés à temps partiel est plus élevé que dans le reste de la profession. Le groupe s'est donc fixé comme objectif de réduire le temps partiel subi en favorisant le temps complet ou l'augmentation de la base contrat hebdomadaire. En avril 2008, un accord a été signé avec les organisations syndicales permettant le passage à 36h75 pour tous les salariés volontaires employés à 33, 34 et 35 heures.
Forte de cette expérience, l'entreprise a engagé une négociation pour une action visant cette fois les temps partiel compris entre 26 et 32 heures. Neuf magasins du groupe ont été sélectionnés pour expérimenter la démarche proposée, avant la signature d'un nouvel accord et un déploiement sur l'ensemble des magasins. L'entreprise (DRH et organisations syndicales membres de la commission de suivi) sollicite l'ARACT afin d'évaluer l'expérimentation et de dégager les enseignements avant le déploiement.
Accompagnés par le siège, les 9 magasins concernés ont :
- Identifié les besoins du magasin ;
- Repéré, à l'aide d’un questionnaire, les salariées volontaires pour un passage à temps complet et, en fonction des besoins du magasin, sélectionné parmi les candidates celles à qui serait proposer le temps complet
- Mis en place, pour ces salariées, l'organisation adéquate, notamment en utilisant la polyactivité pour un complément d'heures à effectuer en rayon pour une caissière et en caisse pour une employée commerciale (activité en rayon).
Les retours du questionnaire "sondant" les salariés sur leur souhait de passer à temps complet ont montré qu'ils étaient moins nombreux que ce à quoi on s'attendait (50% environ). Les entretiens réalisés pour l'intervention ont permis d'expliquer en partie ces résultats, qui somme toute ont soulagé les craintes de générer des frustrations…
L'évaluation de l’expérimentation par l’ARACT s'est déroulée sur 3 mois. Elle consistait à réaliser une analyse approfondie sur 3 magasins franciliens (2 en expérimentation et 1 hors expérimentation, pris comme magasin témoin) :
L'objectif était double :
- identifier et analyser les conditions qui favorisent le passage du temps partiel subi au temps complet dans un magasin (leviers et freins en matière d'organisation, de management, de communication) ;
- Analyser et évaluer la démarche mise en place dans le cadre de l’expérimentation (métholologie du questionnaire, identification des candidats, gestions des refus, accompagnement sur la prise de poste en polyactivité…).
Dans chacun des magasins, des entretiens ont été conduits avec la direction, des encadrants, les délégués du personnel et des salariées, soit parce qu'elles étaient passées à temps complet, soit parce qu'elles avaient refusé le temps complet, soit parce qu'elles n'avaient pas été retenues par la direction, ou encore parce qu'elles n'étaient pas concernées par l’expérimentation.
La mise en place de démarches favorisant le passage d’un temps partiel à un temps complet passe par :
- L’évolution des représentations sur les métiers du magasin et un décloisonnement des fonctions (entre caisses et rayons)…
- La sensibilisation à la gestion de l'emploi (contraintes des temps partiel vs fidélisation) et l’intégration des aspects en lien avec la santé au travail
- L’implication forte de l'encadrement et des IRP…
- Le contexte local et l'équilibre économique du magasin, déterminants pour l'activité,
- Les représentations négatives de la "polyactivité", souvent comprise comme polyvalence "bouche-trou"
- Le cloisonnement entre métiers et la méconnaissance de l'ensemble d'un magasin
- Le turn over des managers qui ne facilite pas le suivi dans le temps d'un tel processus
Globalement, sur les 2 magasins en expérimentation, le bilan est positif, même si le nombre de salariées concernées au final par un passage à temps complet est faible (2 salariées concernées). Pour les directeurs, les difficultés d'organisation et de gestion de la polyactivité ont été surmontées, et il n'y a pas eu baisse de productivité. Pour les salariés, l'action et positive et elle n'a pas eu dimpacts sur le collectif. Pour les IRP, la démarche a été bien menée.
Pour reconduire l'action, il apparaît nécessaire de faire un travail de sensibilisation sur la polyactivité et de trouver des mesures organisationnelles qui facilitent sa mise en place. Si la polyactvité se veut un enrichissement du travail, elle doit être valorisée et reconnue. Elle doit également s'inscrire dans un projet plus large d'évolution des compétences et de mobilité. - C'est d'ailleurs sur ce point que la négociation a achopé et qu'au final, il n'y a pas eu de déploiement.














