Raphaëlle Gilaber (Val d’Oise Habitat) : « L’accord senior nous a permis d’enclencher une série d’actions qui dépassent aujourd'hui le seul cadre des seniors »
Directrice générale de Val d’Oise Habitat, Raphaëlle Gilaber a dès sa prise de poste en 2007 engagé une action en faveur des gardiens d’immeuble qui sont majoritairement des seniors. Cet engagement, qui a débouché sur la conclusion en 2009 d’un plan d’action seniors, a permis à l’Office Public de remporter le trophée Trajectoires 2010 décerné par le Sénat aux entreprises les plus impliquées sur la question de l’emploi des seniors.
Pouvez-vous nous expliquer quelles sont les raisons qui vous ont amenées à l'élaboration d'un plan d'action senior ?
Val d’Oise Habitat, ce sont 134 collaborateurs répartis dans 59 résidences sur 40 communes du Val d’Oise. Sur ces 134 salariés, 60 sont des gardiens d’immeuble. En 2007, lors de mon arrivée à mon poste en tant que directrice générale, j’ai constaté que 50 % des gardiens d’immeuble étaient âgés de plus de 50 ans. De plus, le taux d’absentéisme de la profession (24 %) est particulièrement élevé. Je me suis donc attelée à développer un « management par le bien-être » pour tenter de redonner du sens à chacun. J’ai également mis en place des actions pour recréer du lien : séminaires du personnel, tables rondes de réflexion, signature de la charte de la diversité, formations sur le relationnel, etc. Ces actions ont abouti à la rédaction d’un accord senior visant à utiliser au mieux les potentialités de mes collaborateurs (expériences, sagesse, pragmatisme, dévouement, connaissances du métier et des partenaires, etc.)
Quelle était la situation des seniors avant l'élaboration du plan d'action ?
Il m’a semblé important de travailler en amont pour aménager autant que faire se peut les postes de travail et les fins de carrières des seniors pour faire baisser l’absentéisme et retrouver du plaisir au travail. Val d’Oise Habitat possède beaucoup de petits immeubles, de trois, quatre étages qui n’ont pas d’ascenseurs. Le nettoyage des escaliers et la sortie des poubelles, qui sont en fait d’imposants containers, sont deux activités particulièrement pénibles pour les gardiens. En 2009, j’ai donc diligenté une étude menée par notre service de santé au travail, l’AMETIF et MCC Mobilités avec des membres du CHSCT. Les conclusions de cette étude ont non seulement mis en avant cette pénibilité physique mais également le stress parfois généré par le contact avec une population réputée difficile. Ces éléments sont parfois générateurs d’un risque d’inaptitude partielle ou totale.
Quelles sont les actions que vous avez menées dans ce plan d'action ?
Nous avons mis en place quatre types d’actions. Tout d’abord, nous avons travaillé sur l’amélioration des conditions de travail en créant une commission de reclassement, en instaurant des entretiens de deuxième partie de carrière et en mettant en place des actions de tutorat menées par des volontaires. Par ailleurs, nous avons mené diverses actions de sensibilisation sur la santé au travail (rendez-vous diététique, encouragements au sport, sensibilisation sur le travail-handicap).
En ce qui concerne la prévention des situations de pénibilité, nous avons procédé à l’achat de matériel de protection et de manutention pour faciliter et sécuriser la sortie des containers. Nous avons en parallèle installé des bornes enterrées pour limiter le nombre de containers que les gardiens doivent tracter. Nous avons également dispensé des formations « gestes et postures » et aux risques psycho-sociaux, notamment afin de développer l’écoute active et l’assertivité.
Enfin, nous avons travaillé sur l’accès à des formations adaptées à l’emploi exercé ou à des thématiques permettant d’acquérir des nouvelles compétences pour garder son employabilité (développement personnel, informatique, expertise technique, requalification…).
Quel type de démarche avez-vous adopté ?
Nous avons mis en place démarche participative avec le CHSCT, la délégation unique du personnel (DUP), les gardiens, et les responsables encadrants. Sur le terrain, cela s’est traduit par information régulière de la DUP et une restitution lors du séminaire annuel. Le cabinet MCC Mobilités, l’AMETIF et la médecine du travail nous ont également apporté une aide extérieure.
Quel bilan tirez-vous de vos actions ? Quels sont les prolongements envisagés ?
La conclusion de cet accord a permis d’afficher nos engagements dans une démarche sociétale et d’enclencher une série d’actions qui dépassent aujourd’hui le seul cadre des seniors. Nous affichons un bilan positif puisque six seniors ont pu être reclassés malgré des inaptitudes professionnelles et cinq autres ont vu une amélioration de leurs conditions de travail avec moins de pénibilité physique.
Toute la profession des gardiens d’immeuble bénéficie des aides techniques et des formations à la prévention du stress ou aux gestes et postures. Quant au reclassement, il concerne toute personne en inaptitude. Six agents volontaires ont bénéficié d’une formation de médiation afin que la communication autour de la démarche de l’entreprise puisse se décliner à tous les niveaux. Enfin, nous avons signé fin 2011 un accord sur la prévention de la pénibilité qui s’inspire de notre accord senior et reprend les grandes actions.














